Yohann

Salut à tous,

En regardant vers mon passé,  je vois que globalement, j'étais assez satisfait de ce que je vivais.

J'ai toujours eu l'impression de vivre les choses à fond, de choisir mon existence...  Entre ces phases, quelques passages ont été difficiles : ce furent des moments déterminants, qui me forçèrent à changer de comportement et à briser les schémas qui ne me convenait plus.

Par leur façon d'être, mes parents me transmirent une facilité de contact avec les autres qui me permettait de parler quasiment à n'importe qui. C'est ainsi que, dès mon plus jeune âge, je cassais les oreilles de mon entourage avec mes multiples questions et réflexions. Apparemment, chez les miens, un grande partie des éléments de nos choix quotidiens n'avait pas d'autres explications qu'un " parce que ! " ou qu'un " c'est comme ça ! ". Etrange... Ces non-réponses me laissaient une sensation de vide... du fait que personne n'avait d'explication cohérente à me donner.

Le petit village où je vivais acceptait peu la différence. Supportant difficilement la critique, personne ne m'avait dit qu'elle pouvait être ma plus grande chance de m'améliorer. Selon la façon dont je la prenais, elle pouvait m'apprendre... et se révéler utile à mon évolution. A l'époque, je ressentais plutôt un sentiment d'échec à chaque " erreur " que l'on me renvoyait, à chaque mise en défaut de ma part. A chaque chute, à chaque mot dit de travers, je me sentais coupable, imparfait. En instaurant des " bonnes et des mauvaises" expériences, la morale que je m'imposais, liée à la peur du jugement des autres, freinait chacune de mes tentatives vers l'inconnu. Ces limites, ces barrières invisibles et pourtant omniprésentes, je les acceptais comme obligation. J'utilisais aussi le jeu du « parce que » pour me faire croire que mes choix étaient cohérents, adaptés, normaux. Ainsi, je les supportais mieux.

Par exemple, je respectais facilement les règles du jeu scolaire. En m'investissant au minimum afin de maintenir des notes sensiblement au dessus de 10 sur 20, le système créait en moi la suffisance. En effet, voyant que toutes mes initiatives étaient, soit regardées de travers par les autres, soit réprimandées directement par les institutions, je pris la solution la plus simple pour atténuer mes contradictions intérieures : rentrer dans le moule.

Je me fis avoir par le mythe du bon vivant, qui croit savoir profiter de l'existence... sans comprendre que c'était de la survivance, de la compensation. Comme les adultes qui nous entouraient, moi et mes amis fumions, buvions excessivement en pensant fermement que c'était là notre liberté la plus élémentaire.

Tous mes potes de l'époque avaient des potentiels extraordinaires. Pourtant par peur, par manque de reconnaissance, nous préférions les cacher au reste de la société qui nous regardait de haut. Au lieu d'agir, nous nous contentions de " refaire le monde " oralement, de palabrer sans passer à l'action. Nous pensions que cela faisait changer les choses, nous pensions évoluer comme cela. Nous avions choisi notre camp, celui des moutons noirs, des contestataires (par la parole seulement), qui consomment, agissent, mangent pourtant comme toute la masse qui les entoure.

Plus j'approchais de la vingtaine, plus je me rendais compte du mensonge dans lequel je vivais. La vie active se rapprochait, l'heure de choisir une filière arrivait trop vite. Ma passivité et mon indécision rendait le quotidien douloureux. Je voyais qu'il fallait changer et manquait de dynamisme pour amorcer un mouvement vers une autre voie. Les concerts, les fêtes, les soirées étaient quelques fois grisantes... grises et mornes finalement.

Avec le recul, je me suis demandé comment j'avais pu vivre ses périodes avec la conviction d'être heureux, d'agir avec justesse. J'avais fait l'expérience d'un fonctionnement récurent de l'Inconscient : choisir toujours la moindre confrontation et me justifier mon inaction par de belles illusions de liberté. Je fis une dépression quand j'entre-aperçus la fausseté de mes schémas destructeurs. Je me remettais en question... Ainsi, je décidais de me rendre responsable du bordel de ma vie plutôt que de jouer la victime...

La Conscience pointait son nez et avec elle l'envie d'agir, de comprendre, d'évoluer... Je décidais de faire de mes errances un support de construction... Je pris conscience de ce qui ne m'appartenait pas, des attitudes que j'avais pris pour m'armer d'une pseudo-identité et passer en société grâce à un étiquetage reconnaissable... Je commençais à chercher ce qui venait véritablement de moi.

Après avoir constaté que j'étais l'acteur de ma propre vie, j'appliquais enfin ce que nous nous répétions avec mes amis depuis des années sans oser le faire. Je quittais l'Education Nationale et ses diplômes et renonçais à jouer ce jeu de société. J'ai pu constater comment, se différencier des schémas les plus communs, est peu compris sous nos latitudes... Pire, au lieu de susciter l'intérêt ou la curiosité... le rejet est souvent de mise...

Je constatais que en tant que  mou-ton noir, on se la joue dur dans le ton mais on est mou dans le fond !... Quand il s'agit de passer à l'action, les gueulards se tirent (et parfois dans les pattes). De mon coté, j'avais aussi peur qu'eux (peut-être même plus) mais je l'avais fait. Lâcher la sécurité du diplôme et de la reconnaissance de la société m'obligeait maintenant à rentrer en action pour créer d'autres possibles.

Je pris alors le chemin des structures dites alternatives, où des êtres avec leurs forces et leurs faiblesses, ont au moins constaté qu'un autre monde est possible... Là aussi, je fis face à plusieurs désillusions.

Sur mon état tout d'abord, en choisissant le chemin de l'autonomie, je me rendis compte à quel point la scolarité m'avait rendu passif. Avancer sans être encadrer par mes parents, par des institutions scolaires ou professionnelles m'a demandé d'aller chercher en moi la motivation. Il a fallu que je me fasse violence pour enlever la couche d'indolence que j'avais accumulé.

Par ailleurs, je constatais qu'il me fallait un sacré discernement pour savoir où je mettais les pieds. Certaines associations humanitaires avaient des armes redoutables pour imposer un comment-pensé. Sous couvert d'humanisme, elles répétaient avec un emballage différent les valeurs d'une société qui ne favorise en rien la justice et l'autonomie. Elles imposaient des valeurs, des visions pas toujours justes (une école entre 4 murs par exemple, une santé médicamenteuse,...). La plupart des systèmes d'entraide m'apparurent dirigés par des personnes de pouvoir qui n'avaient d'autres soucis que de se glorifier.

Pourtant, dans mes recherches, je découvris que d'autres peuples, non étudiés à l'école, avaient élaborés des modèles de société où l'homme, la femme, les jeunes et la nature étaient respectés (et oui, ça existe !). Certains peuples amérindiens, africains n'éprouvaient aucune peur, et quelques occidentaux connaissaient les processus pour se défaire de ces conditionnements enfermants.

Avec mes amis, nous avons décidé que la façon la plus appropriée de proposer un projet cohérent ; avec l'assurance qu'il soit intègre et des buts appropriés à ce que nous voulions mettre en place, à ce que nous étions : c'était de le monter nous-mêmes. Ainsi, je pris part à la construction de cette association.

Ayant fait l'expérience de l'incohérence de l'Education Nationale, je sais que nous sommes un nombre important de jeunes à percevoir clairement l'absurdité d'un tel système.

Combien de fois...

... j'ai eu envie d'essayer des métiers plutôt que de choisir une orientation par rapport au témoignage
d'un professionnel (quand je le rencontrais physiquement) ou à une vague idée vue dans un film....

... chacun de mes choix de cursus, du bac ES à la fac de socio, était pris par défaut...
...j'ai senti que les profs, mes parents voulaient m'insérer dans un système
dont ils percevaient pourtant l'incohérence...

... je me serais senti valorisé de prendre part à d'autres défis que ceux de réussir une dissertation...

Pourquoi continuer dans ce système ?
Qu'avons-nous à perdre à tenter une autre expérience ?

Le TIJ favorise l'accès à ses propres expériences, pour reprendre notre droit le plus fondamental : décider pour nous-mêmes de notre formation, des rencontres que nous voulons mettre en place avec nous-mêmes, avec les autres, avec le savoir, etc.

Notre futur nous appartient, comment pourrait-il en être autrement ? De ce que je perçois, c'est la dépossession de notre capacité à penser, décider, concevoir, créer par nous même qui fait mourir la Terre... Pour moi, une société vivante est une société qui reconnaît la jeunesse comme la plus capable de choisir ce dont elle a besoin pour assurer la pérennité de la Vie, l'évolution réelle de notre humanité.
 
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